L'actualité nationale, régionale et locale

"C'est hors de prix, c'est un scandale !" : des infirmières dénoncent le gaspillage du matériel médical

Publié : 4 avril 2025 à 6h00 par
Mandy Vereecken

Matériel médical

Des boîtes de pansements, de compresses, de médicaments par dizaines. Une chaise médicale, des béquilles, un déambulateur. Des sondes urinaires, des seringues… Sur le trottoir du centre-ville de Strasbourg, Véronique, Céline et Tiffany vident des cartons remplis de matériel récupéré chez leurs patients. "Tout cela aurait pu être utilisé, mais finit souvent à la poubelle", déplore Céline Bensel, infirmière libérale à Neuf-Brisach.

Le gaspillage dans le secteur médical atteint des proportions alarmantes. Selon le syndicat Convergence Infirmière, qui organise cette opération pour la deuxième année consécutive dans 13 villes de France, près de 123 millions d’euros de matériel seraient gaspillés chaque mois, soit 1,476 milliard d’euros par an.

Ce gaspillage découle de plusieurs facteurs, à commencer par la surprescription médicale. Tiffany Capin, infirmière libérale à Strasbourg, illustre cette problématique avec un exemple frappant :
"Une de mes patientes, opérée d’un cancer du sein, devait changer son pansement tous les deux jours pendant 15 jours. Le médecin, incertain sur la taille adaptée, a prescrit trois formats différents, avec une boîte de 30 pour chaque. Résultat : 90 pansements livrés… alors qu’il n’en fallait que 8. Et pour couronner le tout, je n’avais même pas la bonne taille !"

Ce type d’excès ne concerne pas seulement le petit matériel. Tiffany raconte le cas d’un patient sous immunothérapie : "Ses injections coûtent environ 1 000 euros chacune. On lui avait prescrit deux doses par semaine pendant trois mois. La pharmacie voulait tout lui donner d’un coup, soit 24 000 euros de médicaments ! Heureusement qu’il a refusé, car son traitement a changé en cours de route. Sinon, tout aurait été jeté."

À ces prescriptions excessives s’ajoutent des conditionnements inadaptés et un manque de contrôle en pharmacie. Véronique Bier, infirmière libérale à Mittelhausbergen, pointe du doigt une boîte de compresses : "Elle est facturée 84,74 euros à la Sécurité sociale, alors que parfois, on n’a besoin que d’un petit carré."

Pour lutter contre ces excès, les infirmières demandent que chaque acteur du système de santé prenne ses responsabilités. Elles proposent notamment la mise en place d’une "consultation infirmière" avant l’achat en pharmacie. L’objectif ? Éviter l’accumulation de matériel inutile en vérifiant d’abord ce qui est déjà disponible chez le patient. "Aujourd’hui, les patients récupèrent leur matériel avant qu’on les voie. Souvent, l’ordonnance a été rédigée par un interne qui ne connaît pas nos besoins réels pour les soins", explique Tiffany.

Cette meilleure gestion permettrait non seulement d’éviter le gaspillage, mais aussi de dégager des économies pour revaloriser les actes infirmiers, dont les tarifs n’ont pas été revus depuis 16 ans. "Un pansement à 84 euros, et moi je suis payée 6,30 euros pour le poser", souligne Véronique.

L’opération "Balance ton gaspi" vise à sensibiliser l’opinion publique, mais aussi à interpeller les décideurs politiques pour qu’ils s’emparent du sujet. Les infirmières espèrent que leur cri d’alarme aboutira à des réformes concrètes pour limiter ce gaspillage aberrant.