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"Des situations critiques ont été observées : entre difficultés de prise en charge, urgences fermées, les habitants se mobilisent en faveur d’un hôpital."

Publié : 2 avril 2025 à 6h00 - Modifié : 2 avril 2025 à 15h14
Mandy Vereecken

Hôpital

Près de 250 personnes se sont rassemblées le lundi 31 mars à Blotzheim (Haut-Rhin) pour une réunion publique consacrée à l’avenir de l’hôpital de Saint-Louis. Cet établissement, intégré en 2023 au Groupement Hospitalier de la Région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA), fait face à de nombreuses difficultés. Des médecins spécialistes, des élus locaux ainsi que des patients ont partagé leurs témoignages sur la situation préoccupante de cette structure de proximité.

Les discussions ont notamment mis en lumière le manque criant de lits – seulement 38 pour l’ensemble de l’hôpital, dont quatre dédiés aux hospitalisations post-urgences, alors que la population de Saint-Louis Agglomération s’élève à 85 000 habitants. La fermeture des urgences, l’insuffisance des spécialités médicales, la difficulté d’accès aux consultations et l’absence de bloc opératoire figurent parmi les problématiques soulevées.

Cette réunion intervient peu après la publication d’un article dénonçant la prise en charge défaillante d’une habitante de Village-Neuf aux urgences de Saint-Louis. Âgée de 81 ans et en état de grande faiblesse, elle a dû être transportée deux fois dans ce service, avant d’être renvoyée chez elle sans consultation médicale. Pourtant, un examen sanguin ultérieur a révélé une infection rénale grave, détectée seulement le lendemain par un pharmacien.

Un élément particulièrement choquant dans cette affaire a été un message vocal adressé par le médecin de garde à la fille de la patiente, dans lequel il reprochait à la famille de "creuser le trou de la Sécu" en sollicitant trop souvent les urgences. À la suite de cette affaire, le GHRMSA a présenté des excuses officielles à la famille.

La maire de Village-Neuf, Isabelle Trendel, estime que ce cas n’est pas isolé. Selon elle, depuis la transformation de la clinique des Trois Frontières en hôpital public sous la gestion du GHRMSA, plusieurs habitants de son village ont perdu la vie après avoir été renvoyés chez eux par les urgences. Elle évoque notamment le décès d’une personne en août 2023, retrouvée morte à son domicile après avoir été raccompagnée en pleine nuit, ainsi que deux autres décès survenus le 28 février 2025 dans des circonstances similaires.

Face à cette situation alarmante, Isabelle Trendel suggère de reconsidérer la privatisation de l’établissement, estimant que le fonctionnement actuel de l’hôpital public est inadapté aux besoins locaux. Selon elle, plusieurs groupes privés pourraient être intéressés par une reprise, et l’Agence Régionale de Santé (ARS) devrait examiner cette possibilité.

D’autres élus privilégient une modification du statut d’"hôpital de proximité", qui, dans sa forme actuelle, empêche l’ouverture de services de chirurgie ou d’obstétrique et limite les équipements médicaux aux seuls services d’imagerie et de biologie. Patrick Striby, conseiller municipal à Huningue et organisateur de la réunion, considère cette restriction comme une injustice territoriale : "Les habitants de Saint-Louis n’ont pas les mêmes chances d’être soignés que ceux vivant près de Mulhouse."

Toutefois, le Dr Marc Noizet, chef des urgences du GHRMSA, rejette l’idée d’une perte de chance pour les patients de Saint-Louis, affirmant que les urgences chirurgicales sont directement redirigées vers Mulhouse via le 15. Il estime également que le manque de personnel médical est un problème national qui ne serait pas nécessairement résolu par une gestion privée.

Malgré ces désaccords, les élus de l’agglomération entendent poursuivre la mobilisation. Isabelle Trendel souhaite engager un dialogue avec la nouvelle directrice de l’ARS Grand-Est pour trouver des solutions concrètes. De son côté, Patrick Striby prévoit d’organiser prochainement une manifestation devant le siège de l’ARS à Colmar.